Paris attacks: a recap / Paris, 13 novembre : un résumé

(En français ci-dessous)

128 confirmed dead and 200 injured. These are the current result estimates of terrorist attacks that happened yesterday, Friday the 13th of November, between 9.30pm and 00.25am, in two areas east and north of Paris. ISIS claimed responsibility for these attacks Saturday morning.
Police say eight attackers have died, seven of whom detonated themselves in a suicide attack. It is still unknown whether other persons participated to the attacks or would have escaped the French police, which managed the situation quickly.

What happened

The exact scenario and modus operandi of the attacks are still not clear, as information is still being collected by journalists and the police. As at today evening, here follows what we are sure of.
Several attacks happened simultaneously across the capital: one suicide-bombing attack near the Stade de France, hosting the France-Germany football game, and other attacks in the east of Paris (tenth and eleventh quarters). The latter attacks consisted in several attackers shooting at terraces of restaurants and bars with AK-47s. Another one – the deadliest one, with an estimated 80 dead – was led in the Bataclan, a famous concert hall that was hosting the Eagles of Death Metal on Friday night – a place ISIS described in a communiqué as a « party of perversity ».

Early measures taken

Saturday morning, French president François Hollande announced a series of measures having immediate effect.
First, state of emergency was declared, in line with article 16 of the French constitution. This unique provision, already used during the 2005 banlieues riots, provides the police and administrative authorities with extended powers notably as regards free movement of people, the opening of public places and search&seizure operations. Such état d’urgence is declared for an initial period of 12 days that can be prolonged only with express legislative consent of the Parliament.
Second, border controls are temporarily reestablished, as provided for in the Schengen safeguard clause (art 2(2) of the Schengen Convention). This means the police can now stop and control anybody crossing France’s borders, may it be by land, maritime or air.
Third, a lot of public places were closed this Saturday : schools, museums, libraries, sports facilities. Some big Parisian shops (e.g. Printemps) and theme parks were also closed.
A three-day national mourning was declared. A Congress (the gathering of the French Assembly and Senate) will be held on Monday 16 November in Versailles, during which François Hollande will give a speech to the nation.

French political context and perspective

The French president has been very active and present in the media, immediately after the announcement of the first attacks. Himself had to be exfiltraded from the Stade de France, where he was attending the football game. Calling the attacks « an act of war » this Saturday morning, Hollande was answered by former president and opposition leader Sarkozy who asked for « major changes » in French security policy. Despite these early critics, national union is the motto right now in the country, where people are still under shock.
France, whose military intervention in Iraq and Syria against Daech looks to be a failure, now faces a difficult dilemma : either to continue with the air strikes currently going on in the Middle-East, and keep its official hostile position towards Bachar El-Assad, or to operate a 360° turn in its international policy in order to lead operations on the ground. Such operations would necessarily involve a collaboration with Damascus’ regime.
On a domestic plan, yesterday’s attacks show that despite the adoption of a law on intelligence having conferred strong powers to the police and intelligence services, notably powers of surveilance on the internet, France is still vulnerable to attacks coming from – most probably – the inside. It is of course too soon to engage in a political debate about what should be done in order to avoid such attacks again – always more security ? – but no doubt that the vivid print of the Charlie and of 13/11 attacks will have a strong influence on the future 2017 presidential elections.

Plusieurs fusillades et attentats-suicides ont eu lieu hier soir, vendredi 13 novembre, entre 21h30 et 00h25, dans les 10e et 11e arrondissements de Paris ainsi qu’autour du Stade de France (Saint-Denis). Le bilan est actuellement de 128 morts confirmées et d’environ 200 blessés, dont 90 en « état d’urgence ». Les attentats ont été revendiqués par Daech samedi 14, peu avant midi.
Huit auteurs de ces attentats sont morts, sept s’étant fait exploser, le dernier ayant été abattu par les forces de police. Il est encore impossible de savoir à ce jour si d’autres assaillants existent et auraient échappé aux forces de police qui sont arrivées sur les lieux très rapidement.

Les faits

Le déroulement concret des événements n’est pas connu de manière exhaustive. Pour l’instant, les informations certaines sont les suivantes.
Trois explosions retentissent d’abord, à 21h23, autour du Stade de France dans lequel se déroule le match amical France-Allemagne, en présence de François Hollande, rapidement exfiltré. Ces explosions font quatre morts, dont au moins deux assaillants. Dans le même temps, deux bars-restaurants du 10e arrondissement sont frappés par des hommes en voiture mitraillant les passants et les personnes en terrasse. 4 hommes entrent parallèlement au Bataclan, et tirent à vue sur la foule venue assister au concert des Eagles of Death Metal, un groupe de rock américain. C’est ici que les victimes sont les plus nombreuses, avec environ 80 morts. Après une prise d’otage, trois de ces assaillants se feront exploser lors de l’intervention de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI), un sera abattu. En parallèle, d’autres assaillants tirent en plein air sur des passants et une terrasse de café.


source: lemonde.fr

Mesures de court-terme

Lors d’une allocution télévisée à 10h50, ce matin, François Hollande a annoncé une série de mesures.
La déclaration de l’état d’urgence, tout d’abord, prévu à l’article 16 de la Constitution, lequel avait déjà été utilisé lors des émeutes urbaines de 2005. Cet état d’urgence confère aux autorités civiles, dans l’aire géographique à laquelle il s’applique, des pouvoirs de police exceptionnels portant sur la réglementation de la circulation et du séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public et sur la réquisition des armes. Un décret pris en Conseil des ministres institue l’état d’urgence, qui peut prévoir un renforcement des pouvoirs de police en matière de perquisition et de contrôle des moyens d’information. Au-delà de douze jours, la prorogation de l’état d’urgence ne peut être autorisée que par le Parlement.
Des contrôles renforcés aux frontières terrestres, maritimes et aériennes, ensuite, comme le prévoit la clause de sauvegarde intégrée à l’article 2.2 de la convention de Schengen, qui avait en fait été actionnée dès hier en prévision de la COP21, fin novembre, à Paris.
Enfin, certains lieux publics (établissements scolaires, musées, bibliothèques, équipements sportifs) ainsi que des grandes enseignes et les parcs d’attraction sont aujourd’hui fermés à Paris.
De manière plus symbolique, un deuil national de 3 jours a été déclaré et François Hollande s’adressera lundi devant le Congrès (réunion de l’Assemblée et du Sénat), à Versailles.

Contexte et perspective

Deux interventions médiatiques hier soir, d’abord devant le Bataclan, puis depuis l’Elysée, suivies de l’annonce de mesures ce matin, après la réunion d’un Conseil des ministres exceptionnel: François Hollande, faisant référence à un « acte de guerre », a semble-t-il pris la mesure de la situation. Et ce malgré la réclamation du président du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, à prendre des « inflexions majeures » en matière de sécurité. Une critique qui n’entame pas l’union nationale, symbolisée par les drapeaux désormais en berne, mais qui pourrait être source d’un clivage gauche/droite peu commun en matière de politique internationale.
La France, en constat d’échec devant l’intervention en Irak et en Syrie contre Daech, est face à un dilemme : soit elle conserve un mode opératoire actuel défaillant (intervention aérienne uniquement) en restant fidèle à son refus de coopérer avec le régime de Bachar Al-Assad, soit elle initie une intervention plus poussée contre Daech, qui serait faite « en concertation avec ses alliés », selon François Hollande. Cette dernière hypothèse pourrait donner deux options à ce dernier : mener une coalition armée au sol, au titre de la légitime défense – nonobstant les débats sur la justification juridique d’opérations menée contre un acteur non-étatique sur ce fondement – ou bien faire appel à Damas et rompre ainsi avec la position diplomatique officielle française selon laquelle le président syrien a vocation à quitter le pouvoir.
Sur le plan intérieur, la loi sur le renseignement adoptée à la suite des attentats Charlie a d’ores et déjà considérablement renforcé l’arsenal juridique à la disposition des autorités, notamment concernant les outils de surveillance. Difficile d’imaginer une loi créant des instruments nouveaux et plus efficaces. Si les français savent déjà que « le risque zéro n’existe pas », la probabilité est grande que les politiques ne se contentent pas d’une telle situation après un événement si dramatique.
Il est donc à prévoir que le débat politique français, après la classique période d’union nationale, se portera, une fois de plus, sur les enjeux sécuritaires. Voire européens, avec une remise en cause de Schengen de la part des partis d’extrême-droite. Il sera intéressant de veiller aux glissements sémantiques d’une droite toujours plus sécuritaire et d’une gauche devenue plus « responsable » grâce à l’exercice du pouvoir.

Paris attacks: a recap / Paris, 13 novembre : un résumé

Réalités françaises

Hier j’ai voté. Par procuration, j’ai voté, dans ma circonscription du Centre, depuis Amsterdam où j’ai suivi les résultats des élections européennes, pays par pays, mais aussi région française par région française.

FN (Front National) 25% UMP&DVD (EPP) 20% PS (Socialists) 14% UDI (Liberal Democrats) 10%
FN (Front National) 25% UMP&DVD (EPP) 20% PS (Socialists) 14% UDI (Liberal Democrats) 10%

Aujourd’hui je suis choqué. Par le résultat du Front National dans mon pays, tout d’abord, mais aussi par le désintérêt constant que l’UE – que j’appellerai ici l’Europe – suscite chez les électeurs, et surtout, chez mes amis, pourtant eux aussi faisant partie de cette fameuse génération Erasmus. Cette génération, qui n’a pas vécu autre chose qu’une Europe unie, est la même qui, dans le même temps, n’a jamais connu autre chose qu’une croissance économique faible ou nulle. Celle qui se fait rabâcher jour et nuit le contexte de crise dans lequel elle se voit forcée de vivre, et dans lequel elle ne se voit plus, comme en Espagne ou en Grèce, vivre un avenir certain. Celle qui est la plus pessimiste au monde, bien aidée par des aînés animés par le doute et par l’art constant de la critique. Combien de mes amis sont convaincus que le vote est inutile ? Comment pourrais-je leur donner tort de penser que leur situation personnelle ne se résoudra que s’ils travaillent dur? De penser que le salut passe d’abord par le travail, et non par l’attente passive d’un politique distant dont les frontières intellectuelles sont fermées depuis les années 80 ? Combien de mes amis se sentent profondément européens, mais sont profondément apolitiques ? Et combien sont si las qu’ils en viennent à quotidiennement dénigrer leur propre pays, si riche et plein d’avenir ?

Alors, aussi choqué que je puisse être, je ne suis également ni surpris, ni en colère ; car si le résultat d’hier découle de multiples facteurs, il y en a un que l’on peut d’ores et déjà souligner. Ce facteur principal, c’est la peur qui envahit les esprits, qui les rend apathiques, qui empêche toute réflexion, contrecarre l’initiative et l’ouverture sur les autres.

Première réalité: le personnel politique français n’est pas à la hauteur des enjeux européens. Les journalistes n’ont pas le recul nécessaire. S’entraînant mutuellement dans un savoureux mélange d’ignorance teintée de goût pour la polémique nationale, ces deux professions se livrent un débat de qualité médiocre sur les plateaux télé et radio. Il ne faut pas se surprendre alors qu’un débat médiocre engendre un résultat médiocre. Si la campagne des européennes avait fait l’objet de plus d’attention et de rigueur de la part des partis politiques français, si les journalistes ne confondaient pas le Traité de Rome avec le Traité de Lisbonne (entendu hier soir sur iTélé!), et si l’on expliquait mieux le fonctionnement des institutions européennes, pourtant pas plus compliquées que celles de la Ve République, dans les collèges et lycées… Si toutes ces conditions avaient été réunies, alors un réel débat aurait pu émerger. L’on aurait débattu d’une vraie redéfinition de la place de la France en Europe, sur son rôle et les solutions qu’elle peut apporter contre la léthargie économique à laquelle l’Europe, dans sa globalité, est confrontée. Les différents partis auraient été obligés d’avoir de réels argumentaires, en lieu et place des grosses ficelles utilisées de part et d’autre.

Deuxième réalité: les Français, menés par des dirigeants âgés, court-termistes et ayant une vision étroite du monde qui les entoure, n’ont plus confiance en eux-mêmes et cherchent un refuge chez des personnages leur chantant la fabuleuse ritournelle du protectionnisme de gauche, et maintenant d’extrême droite.

La France qui rayonne, la France dont la culture est enviée partout dans le monde, la France qui a tant d’atouts géographiques et économiques, la France qui devrait constituer avec l’Allemagne le cœur battant de l’Europe, la France qui a tant de potentiel ! Cette France-là ne réalise pas qu’en s’ouvrant au dialogue, à la coopération, en construisant avec ses partenaires des politiques intelligentes, elle ne pourrait que se renforcer elle-même, et renforcerait par la même occasion l’Europe toute entière. C’est pourtant ce qu’attendent nos partenaires de nous.

Une France confiante, sûre de ses nombreux atouts, avenante et qui à la fois est porteuse des valeurs européennes que sont la démocratie, la liberté, l’égalité et la fraternité entre les peuples… Cette France-là semble endormie, ou bien ne croit plus en la capacité du politique pour la faire avancer.

Troisième réalité: l’Europe n’a pas vocation à se substituer aux Nations. L’Europe est faite par les Nations. L’Europe respecte et défend les traditions locales, la diversité culturelle ; l’Europe, c’est le fait même de pouvoir librement être différent de l’autre. Comment pourrait-elle, avec un tel ADN idéologique, représenter une menace hégémonique signifiant la disparition des identités nationales, dont la protection est inscrite même dans les Traités,[1] protection maintes fois affirmée par la Cour de Justice Européenne ?[2]

Comment tant de mensonges et d’idées reçues peuvent-elles recevoir tant de crédit au sein du débat politique français ?

Le retour à la confiance est la seule issue. La confiance implique trois pré-requis : l’honnêteté politique, la compétence technique, et enfin la responsabilité démocratique. La France a désespérément besoin d’honnêteté. Elle est lasse du mensonge, du double discours et des polémiques inutiles lancées lors de débats politiques vides de sens et au contenu misérable, déconnecté de toute réalité. Faire face aux réalités, c’est s’écarter de toute opposition partisane ou idéologique pour rechercher les solutions qui fonctionnent. Ces solutions doivent avoir une composante technique, c’est-à-dire être susceptibles de fonctionner, et une composante morale, autrement dit elles doivent susciter l’enthousiasme, en définissant clairement la feuille de route, le but à atteindre et le pourquoi. Sans ces deux dimensions, la solution n’en est pas une ; c’est un faux-semblant dans lequel on essaie de se consoler : une certitude du passé, qui n’appartient plus qu’au passé. La zone de confort de la politique.

Sortons de notre zone de confort française et partons à l’assaut de l’Europe ! Les Français ne sont-ils pas un peuple de séductrices et de séducteurs, après tout ? Les Français ne sont-ils pas un peuple rationnel, intelligent ? Les Français ne sont-ils pas un peuple capable du pire, comme du meilleur ? Les Français ne sont-ils pas un peuple armé d’audace, de courage et d’ambition ? Les Français ne sont-ils pas capables de convaincre leurs partenaires pour construire un projet à la hauteur de leur talent ?

Je ne veux pas croire que les Français soient conformes à l’image qu’ils ont donnée d’eux-mêmes à leurs partenaires européens, hier. Aussi permettez-moi de le dire : Dear Europe, we are sorry. Now we will get our shit together and work hard to fix everything.

 

[1] Article 4§2 Traité sur l’Union Européenne: « L’Union respecte l’égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité nationale, inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne l’autonomie locale et régionale. Elle respecte les fonctions essentielles de l’État, notamment celles qui ont pour objet d’assurer son intégrité territoriale, de maintenir l’ordre public et de sauvegarder la sécurité nationale. En particulier, la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre. »
[2] Voir, notamment, les arrêts de la CJUE C-112/00 Schmidberger [2003] ECR I-05659; C-36/02 Omega [2004] ECR I-09609; C-208/09 Sayn-Wittgenstein [2010] ECR I-13693.

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